Confinement et solidarité

Patrick

Prendre son temps :

Dans les premiers jours de confinement, j’ai eu l’impression qu’on avait le temps, que la pression de la campagne des municipales pouvait retomber : on pouvait souffler…

Prendre son temps, pouvoir se retrouver avec mon épouse, pouvoir se recentrer sur l’essentiel…

Il a fallu, aussi, prendre des distances avec les autres, renoncer aux activités collectives…

Cependant, contrairement à ce que beaucoup ont dit, je n’ai pas ressenti cela comme un isolement ou une méfiance par rapport aux autres. Car, même si la distanciation physique était de règle, j’ai toujours ressenti une complicité avec les autres humains. Et, de fait, lors des promenades, on s’écartait pour croiser les autres, mais on se souriait et on se disait bonjour ; dans les magasins d’alimentation, le calme et la bienveillance envers les autres (et envers les employés) régnaient. On mettait un petit mot pour les éboueurs, la factrice ou le distributeur de journal…

C’est pourquoi je refuse le terme de distanciation sociale, alors qu’il ne s’agissait que d’une distanciation physique ou sanitaire : nous faisions toujours société.

La tradition du 20 heures :

Et puis, tous les soirs à 20 heures, dans ma rue, nous nous sommes mis devant notre porte pour applaudir les soignants, tous ensemble ! C’était aussi l’occasion de prendre des nouvelles des voisins et de nos connaissances communes.

Et puis, rapidement, nous avons décidé d’avoir de la musique lors de ces rencontres, de la musique diffusée ou de la musique jouée. C’est ainsi que presque un jour sur trois, j’ai sorti mon saxophone, avec les enregistrements d’accompagnement. Et tous les soirs, je me suis imposé de jouer à chaque fois un morceau différent. J’ai donc puisé dans mon répertoire de plusieurs années…

Ces musiques et ces échanges se sont installés dans la vie de chacune et chacun. Certaines nous ont dit qu’elles s’ennuyaient beaucoup et que ce moment quotidien était précieux pour garder le moral. D’autres, qui ne sortaient pas, nous ont dit qu’ils entendaient et qu’ils appréciaient…

Les masques :

Et puis, la campagne électorale étant suspendue, il nous a semblé important de lancer des initiatives d’utilité collective. Nous étions toujours en situation de pénurie de masques.

Déjà, autour de la liste « Ensemble pour Sainte-Luce » nous avions recensé plusieurs couturières prêtes à fabriquer des masques de façon bénévole ; mais il manquait l’élastique.

Renseigné par une professionnelle, j’ai pu lancer une première commande de 100 mètres d’élastique, et nous avons pu lancer un appel sur le site de la liste. Plusieurs réseaux se sont coordonnés, avec l’aide d’associations (répartition du tissu et de l’élastique, ciblage des besoins en masques), et l’organisation s’est mise en place.

Cette activité m’a beaucoup occupé pendant plusieurs semaines (et pas seulement moi), mais aussi m’a permis de croiser des publics très différents (couturières bénévoles, assistantes maternelles, personnes en difficulté, réfugiés, anciens combattants, familles Roms, utilisateurs du chronobus) tous réunis autour de cette notion de solidarité dans cette période difficile…

Depuis le début du déconfinement :

Quelques mots sur notre inquiétude, tout au long de cette période, pour nos proches et nos amis malades, pour les anciens isolés et pour toutes celles et tous ceux qui ont dû « mouiller la chemise » durant cette période.

Quelques jours après le 11 mai (journée officielle de début du déconfinement), des masques ont été distribués par la municipalité, et d’autres ont été mis en vente dans les pharmacies et grandes surfaces. Nous avons donc cessé la fabrication et la distribution organisées. Les couturiers et couturières ont continué à en fabriquer pour leurs proches. Nous avons donné notre stock résiduel de 30 masques à la mairie (pour le CCAS).

Par ailleurs, dans ma rue, nous avons décidé de ne plus nous retrouver chaque soir, mais seulement chaque dimanche soir, toujours avec de la musique et des discussions. Nous ne voulions pas perdre cette proximité de cœur, ce sentiment d’appartenir à la même communauté.

Les premiers soirs, à 20 heures, beaucoup ont ressenti un manque…

Vivement dimanche !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *